Eglise catholique

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Assemblée Générale de Strasbourg 1990

En 1990, année du bicentenaire de sa fondation, l'Institut du Cœur de Jésus au cours de son Assemblée Générale réunie à Strasbourg, réfléchit sur ce qu'il est aujourd'hui.

S'appuyant sur le riche héritage que lui ont légué ses fondateurs et ses premiers membres, il se tourne vers l'avenir et se fixe quelques objectifs majeurs : au cœur de la culture moderne et post-moderne, être particulièrement attentif et inventif sur les terrains de l'inculturation, de la justice et du partage.

Institut séculier, il se sait un de ces lieux qui permettent à l'Église de trouver sa juste place dans le monde et d'y inventer son action. Conscient de sa responsabilité, il désire contribuer modestement à la mission de l'Église au cœur du monde pour qu'y grandisse le Royaume. Dans cette perspective est réaffirmée l'importance de Pierre de Clorivière.

 

1. CONSTATS ET CONVICTIONS

11. Le monde est un lieu où l'homme découvre Dieu et où Dieu se manifeste à l'homme. L'univers des hommes, des communautés, des groupes sociaux, des courants collectifs est un chantier inachevé, livré à l'Esprit qui le travaille en vue de son accomplissement final (Rm 8, 22).

12. Plus que jamais des courants nombreux traversent ce monde. Les anciens n'ont pas disparu et doivent côtoyer de nouvelles formes de pensée : la culture littéraire doit affronter l'informatique, la culture livresque, celle de l'image. Des philosophes lointaines viennent mettre en question la nôtre. La puissance de l'homme est devenue telle qu'il peut détruire sa planète. Certains courants demandent des analyses sérieuses et plus poussées de type économique ou politique : le poids croissant de l'économie dans la vie des personnes, la mondialisation des rapports sociaux, les conditions d'une véritable solidarité universelle, les bouleversements culturels, politiques et économiques. Des peuples entiers aspirent à la libération tandis que d'autres, peut-être sans le savoir, les oppriment économiquement et culturellement ; les exclus et les marginaux font entendre un cri qui troublerait la paix des nantis s'ils l'entendaient. L'appel des jeunes, l'accession croissante des femmes aux responsabilités ont aussi modifié notre paysage culturel.

13. La rationalisation du savoir, le développement des sciences mathématisées, l'espoir de voir les sciences et les techniques résoudre toutes les questions que l'homme se pose sur son origine, le sens de son existence et de sa destinée ont suscité deux siècles une civilisation nouvelle qu'on appelle la modernité. Ne s'appuyant que sur des certitudes rationnelles, écartant toute intrusion d'une révélation ou d'une dimension surnaturelle, elle a affirmé l'autonomie des réalités temporelles : elle a ainsi conduit à la sécularisation ; les orientations, les décisions, la recherche scientifique et ses applications sont vécues dans l'absence habituelle des réf é rences ou même seulement religieuses ; la religion est considérée comme une affaire privée, objet d'une option parmi d'autres.

14. Mais aujourd'hui se dessine une culture post-moderne où l'affectif, l'irrationnel et le religieux retrouve une place de première importance, où la prédominance de l'intellectuel, du masculin, de l'homme blanc est sérieusement mise en question, sans que nous sachions encore où cela nous conduira.

15. Ces courants traversent aussi l'Église et y créent des diversités, voire des oppositions.

16. Notre fondateur nous a placés au cœur du monde et dans le cœur du Christ. Notre vocation est contemplation et mission : au cœur du monde où nous sommes insérés et envoyés, nous contemplons le Cœur du Christ d'où jaillit la source des eaux vives, l'Esprit d'amour qui est répandu dans nos cœurs. Il suscite en nous la réponse de l'amour : le don de notre vie selon toutes les exigences de son Évangile.

17. Fidèles à ce monde que Dieu aime et que nous aimons, fidèles à l'amour du Christ, nous sommes appelés à être un lieu où l'Église apprend comment exister dans le monde, comment répondre à ses appels en lui transmettant le message évangélique. Elle y répond en donnant sens aux valeurs du monde moderne : c'est un chemin pour une évangélisation renouvelée qui sera signe de notre joie d'être au monde. "Les instituts séculiers, disait Paul VI, sont comme un laboratoire d'expériences où l'Église vérifie les modalités concrètes de ses rapports avec le monde".

18. Etre un "laboratoire d'expériences" fait de notre vie et de notre cœur un lieu où se rencontrent les aspirations du monde et les appels de l'Évangile. Nous sommes ainsi conduits à examiner ces réalités, ces défis, ces courants à la lumière que Jésus nous donne par son Église et à proposer "des solutions au moins probables" (Jean-Paul II) à la communauté chrétienne. C'est en vivant et en priant au jour le jour que peu à peu nous découvrirons en nous la solution : la révision de vie en est le meilleur apprentissage et une véritable célébration d'action de grâce et d'envoi.

19. Ce ne sera possible que si nous mettons à la racine de nos choix l'esprit des béatitudes : cette consécration séculière, cette sécularité consacrée est le statut de grâce et de vie évangélique dont l'Église nous a dotés pour la mission qu'elle nous confie afin que dans le monde puisse naître le Royaume. Ce don de l'Esprit Saint nous a inspiré de prononcer des engagements qui nous mettent au service du Christ pour le monde. Nous laisser aimer par Dieu dans la contemplation, c'est nous livrer à l'amour qui habite le Cœur du Christ, c'est aller avec lui à la rencontre de l'homme et plus que jamais susciter l'espérance.

 

2. THÈMES

21. C'est au fil des jours que le monde et le message de Jésus se rencontrent en nos vies : le regard contemplatif de chacun, le partage fraternel des groupes sont le premier lieu de découvertes et d'expériences des rapports du monde et de l'Église. Cependant l'assemblée estime important que l'Institut soit un laboratoire d'expériences sur deux thèmes majeurs :

 

Inculturation

22. L'inculturation est un des aspects fondamentaux du dynamisme ecclésial au service de l'Évangile comme l'histoire nous le montre. Il nous faut aujourd'hui en faire l'application à nos sociétés. L'inculturation commence à la base ; elle est la condition d'un vrai développement. L'incarnation de l'Évangile dans les cultures des divers pays, dans les nouvelles cultures qui naissent sous nos yeux, en même temps que le retentissement de ces cultures dans la vie de l'Église sont un enjeu vital. Les personnes et les peuples qui accueillent l'Évangile doivent pouvoir se l'approprier, l'intérioriser, en être eux-mêmes transformés et ainsi le réexprimer, selon leur génie propre, dans leur vécu quotidien et dans les symboles de leurs cultures. Alors, dans une communication réciproque, ils nous enrichiront de leurs propres découvertes.

23. La dimension internationale de l'Institut lui donne une responsabilité particulière dans l'inculturation de l'Évangile et dans le dialogue entre les diverses expressions de l'unique grâce reçue de l'Esprit. Mais nous serons attentifs aussi aux diverses cultures qui se côtoient en chacun de nos pays selon les générations ou les milieux sociaux: ceci implique de notre part une attention au monde des jeunes, à celui des travailleurs et à celui des décideurs.

 

Justice et partage

24. Nous parlons souvent des exclus, des marginalisés ; et cependant ils nous font peur, ils nous dérangent et nous les évitons. Handicapés, enfants mal aimés, victimes d'un libéralisme inhumain, personnes isolées, personnes âgées, jeunes ou adultes affrontés au chômage, portés à la violence, à la drogue, à l'alcoolisme ou à la prostitution, nations entières dont l'économie se dégrade etc.

25. Nous affirmons que la rencontre des plus pauvres est un lieu de la rencontre de Jésus souffrant et défiguré dans son incarnation et sa passion. Leur soif de dignité, de reconnaissance, de libération est un appel mystérieux de l'Esprit qui gémit en leur cœur pour qu'advienne la liberté des fils du Royaume, et, avec eux, de la création tout entière. Remettre l'homme debout, lui rendre sa dignité en lui ouvrant le chemin de la liberté, doit être notre préoccupation constante dans notre Famille, dans l'exercice de notre profession ou de notre ministère, dans nos relations de voisinage ou d'amitié, dans nos engagements politiques ou associatifs. Mais le respect de la grandeur de tout homme exige que nous l'aidions à prendre lui-même en main son destin et que nous soyons attentifs à ses aspirations spirituelles profondes : ainsi sera favorisée la naissance de communautés où les pauvres pourront s'exprimer, célébrer et prendre part à la vie de l'Église.

26. Solidarité, partage, respect de la création sont les mots qui jaillissent du grand creuset des Églises affrontées à un monde où le péché de l'homme défigure la beauté et l'intégrité de l'Ouvre du Créateur. Ils retentiront aussi dans notre Institut qui doit pousser ses membres à en inventer audacieusement des formes concrètes.

 

3. CHEMINS : ACCUEILLIR, DISCERNER, DYNAMISER

31. À une époque où la sécularisation marque de plus en plus l'humanité et ses diverses cultures, il est essentiel d'insister sur la qualité évangélique de nos vies et de notre témoignage en plein monde. Notre consécration est la source de cette qualité. L'une des tâches prioritaires du Conseil général est de stimuler chacun à y être fidèle selon son état de vie.

32. Etre un laboratoire d'expérience nous demande :

  • d'accueillir le monde et l'Évangile par une recherche lucide et sans cesse en éveil ;
  • de discerner le passage de Dieu dans la vie des hommes, et les appels que le Père nous fait en Jésus par son Esprit ;
  • de dynamiser notre agir par tous les moyens que nous offre l'Institut.

34. L'accompagnement personnel, dont nous apprécions toujours mieux la valeur, sera fructueux s'il suit le même chemin : prendre conscience et accueillir ce qui a été vécu par nous et autour de nous, y discerner ce que Dieu y fait et y dit, nous dynamiser pour une étape fidèle.

35. La formation reste un de nos soucis majeurs ; elle doit s'intensifier en tous les pays et atteindre même les plus isolés. Elle est particulièrement nécessaire pour les groupes nouveaux qui se forment. L'effort général d'inculturation doit y contribuer, et chacun s'enrichira de l'apport des autres : partages d'expériences en régions et entre nations. La présence des laïcs nous aidera à rédiger des fiches dans un langage accessible à tous. Un effort particulier sera fait pour la formation à la prière, spécialement par des retraites adaptées, notamment de style ignatien. Le financement de la formation doit être une priorité dans notre budget.

36. Chacun doit pouvoir accueillir le monde et l'Évangile dans le lieu où Dieu l'a placé. Il est donc nécessaire que des rencontres propres (relais) soient organisées essentiellement selon les états de vie reconnus dans l'Institut, mais aussi entre ceux qui partagent la même situation particulière L'Institut doit continuer à aider les prêtres à rester toujours ouverts aux appels nouveaux venus du monde. Ces rencontres, en accueillant ce que vivent les uns et les autres, les entraîneront à discerner ce que Dieu fait pour eux et attend d'eux et les dynamiseront pour entreprendre. Cette formation pourra aider chacun à l'audace missionnaire et chaque fraternité à mieux situer son apport évangélique dans l'Église locale.

37. La revue "Cor Unum" est un moyen privilégié d'échange entre nous ; quel qu'en soit le prix, elle doit atteindre chacun dans sa langue et sa culture : il ne s'agit pas de traduire mais de dire de manière adaptée. Les deux thèmes de l'inculturation et de Justice et Partage y occuperont une place privilégiée. Elle doit accueillir l'expression de vie venue des groupes, discerner en vue de dynamiser l'ensemble de l'Institut.

38. La présence de l'Institut dans de nombreux pays ne doit pas nous faire oublier que d'autres nations, principalement en Amérique Latine et en Asie, n'ont pas encore entendu l'appel venu par notre fondateur. L'effort doit être audacieusement poursuivi en ce sens. Mais c'est partout que doit se poursuivre le ministère de l'appel, notamment vers les plus jeunes.

 

4. PIERRE DE CLORIVIÈRE

N'est-ce pas là le dynamisme que nous avons depuis longtemps reçu de Pierre de Clorivière : un homme engagé dans l'histoire de son époque, attentif à lire les signes des temps pour y inventer des chemins nouveaux aux rendez-vous de la vie quotidienne. Un homme mort à l'aube, à l'heure de la prière sur laquelle il nous a laissé des notes précieuses. Un homme qui a aimé l'Église, passionné de la défense de ce qu'il disait être ses droits. Pierre de Clorivière, vrai fils d'Ignace sous le patronage de qui il mit la Société naissante, auprès de qui il apprit à trouver Dieu en toutes choses et toutes choses en Dieu et à atteindre ainsi la liberté du cœur. Pierre de Clorivière dans l'esprit et le cœur de qui a jailli pour nous la seule source qui irrigue le monde : le Cœur du Christ.

 

Strasbourg 1990

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