Eglise catholique

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Orientations des Assemblées Générales
St Thomas 1978 & Chantilly 1984

Ce texte figure en annexe de notre Règle de vie. C'est dire l'accueil positif que l'Institut lui a réservé et l'importance qu'il lui reconnaît. Il est constitué des apports majeurs de deux assemblées générales : Saint Thomas 1978 et Chantilly 1984.

Les préoccupations sous-jacentes au texte sont : l'internationalisation, les racines ignatiennes, la sécularité, la place dces laïcs, le rôle du responsable, la consécration , la place de la révision de vie, le ministère de l'appel.

Les routes nouvelles qui sont surtout redessinées ici sont la consécration relue dans un contexte de sécularité et une première réexpression de notre spiritualité du Cœur de Jésus.

401. Ensemble nous avons reconnu l'action de l'Esprit. Il nous a permis de nous arrêter, de jeter les yeux sur les années passées. Il nous donne d'entendre des appels précis et actuels. Comme à son habitude il nous ouvre devant nous des routes nouvelles. Il prévient nos hésitations en nous assurant de son aide.

Nous le croyons : dans l'institut que nous formons, nous découvrons l'aventure à laquelle le Seigneur nous a appelés gratuitement. Une aventure que nous vivrons, au jour le jour, avec Celui qui nous dit sans cesse : « allez » dans ce monde qu'il crée, qu'Il sauve, qu'il conduit aujourd'hui.

Son appel ne peut pas faire abstraction de notre enracinement dans un peuple, une culture, une histoire. Bien au contraire, Jésus-Christ nous saisit au cœur même de nos solidarités humaines. En faisant de nos vies un oui sans cesse renouvelé à sa personne, nous consacrerons et sanctifierons cette portion du monde et du temps où nous sommes insérés.

Pour nous aider les uns les autres, évêques, prêtres et aussi laïcs qui demandent à rejoindre l'institut, nous accueillerons avec joie quelques orientations que l'assemblée propose à tous. Elle a choisi le terme d'orientations pour bien marquer qu'il s'agit d'une parole qui vient illuminer notre recherche. Un éclairage que nous recevons de l'Esprit Saint. Elles actualisent la Règle de vie et seront le texte de référence pour les six années à venir.

La plus importante de ces orientations est celle qui précise ce qu'est notre consécration séculière. Elle unifie notre vocation ; elle dit qu'être au monde et être à Dieu, loin de s'opposer, se conjuguent et se confortent. Toutes les autres orientations en découlent et sont marquées de cet esprit. Le sommet et la source, c'est le Cœur même du Seigneur.

Désormais nous Lui appartenons et nous le manifestons en annonçant sa Bonne Nouvelle, son Évangile d'Amour par toute notre vie. Comme le pressentait le Père de Clorivière, comme l'ont expérimenté nos aînés, notre participation parmi les hommes, à la consécration de Jésus, Fils de Dieu et de la Vierge Marie, doit contribuer à changer la face du monde.

Ces orientations, nous les vivrons dans un institut de plus en plus internationalisé et ouvert aux évêques, aux prêtres, aux laïcs. En les vivant, nous les ferons connaître à d'autres, pour que le don de Dieu à son Église qu'est un institut séculier puisse être partagé au maximum.

Le Christ se donne tout entier au dessein de son Père pour que nous soyons consacrés en vérité. En son Cœur, nous puisons notre assurance et notre joie.

Saint Thomas 1978

 

Au milieu du monde

402. Nés dans le monde, nous portons, inscrite dans notre chair, la trace de nos origines ; nous sommes profondément marqués par la culture de notre famille, de notre milieu et de notre pays. Et nous vivons en lien constant de solidarité et d'échange avec le monde où nous sommes placés.

403. Lorsque nous avons été "saisis par le Christ", il n'a pas voulu nous retirer du monde. Car lui-même a voulu venir dans le monde pour accomplir l'œuvre que le Père lui confiait. C'est d'abord dans une famille et un village tout semblables aux autres, dans une profession banale que vit le Fils de Dieu. Ce n'est point au désert qu'il annonce son message, mais "à travers villes et villages". (Lc 18, 1).

404. L'appel de l'Évangile ne nous déracine pas de cette terre. "Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du mauvais" (Jn 17, 15) : c'est le mot que Pierre de Clorivière écrit au début du premier Plan de ses Sociétés.

405. Prendre conscience de notre réalité d'hommes, l'accueillir avec toutes ses lourdeurs et son dynamisme, est une première tâche à laquelle nous ne devons pas nous soustraire : connaître les forces de toute nature qui travaillent ce monde et que nous subissons, les courants de pensée qui le traversent et qui nous habitent, les intérêts qui se le disputent, les structures qui les écrasent ou font grandir, est requis par notre présence au monde. Mais il nous faut accepter que d'autres, proches ou lointains, portent sur le monde et ses événements un autre regard que le nôtre.

406. Cette prise de conscience nous engage : par notre mission, Dieu nous appelle à collaborer à la réalisation de ce monde qu'il a voulu "très bon". Notre insertion dans le monde est vocation. Mais une vocation critique. En venant dans le monde, Jésus opère une rupture : il n'est pas "venu apporter la paix mais le glaive" (Mt 10, 34). Devant les injustices et les oppressions qu'il découvre, il se lève et , avec la violence que seul l'amour peut susciter, il appelle les pauvres et les humbles au bonheur dont on voudrait les frustrer. Il est rejeté par les cœurs endurcis dans le mal.

407. Le suivre, c'est choisir une solidarité effective avec les victimes de l'injustice et avec ceux qui s'engagent dans un effort de libération des hommes, et pour cela prendre des risques ; c'est en même temps laisser la lumière de l'Évangile critiquer sans cesse notre mentalité et nos options.

 

Consécration séculière

408. Cette expression a surpris pour certains pour des raisons diverses. Les deux mots semblent s'exclure, mais les réalités, dans le mouvement de l'Évangile, s'appellent l'une l'autre. Le même Esprit nous pousse à vivre au milieu des hommes et à suivre le Christ de plus près : il y va de l'identité de notre institut.

409. a) "Saisis par le Christ".

Notre première conviction est que notre engagement dans l'institut est la réponse à un appel prévenant de Dieu. C'est lui qui a l'initiative. Notre chance a été de l'entendre et de l'accueillir dans l'Esprit, en lui faisant l'offrande de tout ce que nous sommes. Depuis, nous savons que "nous n'appartenons plus à nous-mêmes, mais à lui", et cette certitude donne paix et audace.

410. b) Du coup nos vies ont été transformées.

Nos solidarités se sont renforcées. Percevant dans notre présence au milieu des hommes le don de Dieu, nous ne voulons pas nous payer de mots, mais travailler à restaurer la dignité des fils de Dieu quand elle est avilie. Nous avons appris que la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et qu'en servant les hommes et les femmes d'aujourd'hui nous entrons dans le dessein du Seigneur de l'histoire.

Continuité donc, mais aussi ruptures. Elles s'imposent à nous comme les exigences du Royaume. Pour entendre l'appel du Règne, il faut se retirer à l'écart et contempler. Servir les frères, c'est partager leurs joies et leurs espérances ; c'est aussi résister aux pressions et aux modes, aux sollicitations de la facilité, des faux-semblants et de la volonté de puissance. Partager la condition des pauvres et leurs luttes conduit logiquement à des options apostoliques risquées et contestées. De la sorte, là où nous sommes amenés à nous renouveler dans la pauvreté, la prière, la chasteté, la vie fraternelle, l'obéissance.

Ces ruptures nous renvoient au Christ prophète et serviteur, et nous introduisent dans son mystère pascal. Elles nous font découvrir dans l'expérience quotidienne que notre vie réelle, conduite sans tricher, mais convertie, retournée est le seul sacrifice qui plaise au Père. (cf. Rm 12, 1).

411. c) L'appel entendu a donc transformé et retourné nos vies. Ainsi l'onction de l'Esprit nous a consacrés pour la mission (cf. Is 61, 1) : ceux qui se laissent traverser par l'Évangile deviennent des témoins contagieux. Mais ces témoins ne peuvent se taire. Ils proclament les merveilles de la tendresse du Père et l'espérance pascale (cf. Rm, 31) ; en professant le respect des hommes, en luttant pour leur dignité, ils disent Dieu.

412. d) Nous sommes embarqués dans une aventure où la fidélité de Dieu cherche la nôtre. Pour que nous soyons ouverts à l'action de Dieu, inventifs et solides, notre retournement, notre marche à la suite du Christ, dans l'Esprit, se traduiront en prières et en engagements. Et nous comptons les uns sur les autres pour tenir dans la contemplation et dans le combat.

413. En bref, un appel entendu, des exigences transformées, l'Évangile de l'espérance annoncé par et dans toute notre vie, des engagements pris et tenus dans la solidarité d'un institut : tels nous apparaissent les grands traits de notre "consécration séculière".

 

Pauvreté séculière

 

414. Notre condition d'hommes consacrés dans le monde nous a appelle à vivre pauvres. De par notre culture, souvent, nous sommes des privilégiés. Or, nous découvrons des formes de pauvreté qui nous interpellent dans les campagnes comme dans les villes, dans les pays industrialisés comme dans le Tiers-monde : ruraux obligés de changer de travail, chômeurs, immigrés, sans oublier les gens frustrés d'affection ou de relation.

415. Notre pauvreté séculière nous engage à être solidaires des marginaux, de tous ceux qui sont victimes de l'injustice : personnes, groupes sociaux, nations, continents. Cette solidarité nous pousse à combattre toutes les causes de misère et d'oppression ; elle nous engage en même temps à travailler à un meilleur partage des biens et du savoir, pour que se réalise entre les nations et les différents groupes sociaux une même communauté. Nous aurons à nous compromettre, prenant en charge le sort de pauvres, comme le Christ lui-même.

416. Notre pauvreté est missionnaire. Si nous nous engageons dans la pauvreté, c'est pour être configurés au Christ qui "de riche s'est fait pauvre afin de nous enrichir de sa pauvreté" (2 Co 8, 9). Si nous nous faisons pauvres, c'est aussi pour que l'amour des biens ne nous attache pas le cœur et n'éteigne pas en nous l'envie d'annoncer Jésus-Christ.

417. Là où nous vivons, ne sommes-nous pas appelés à poser des gestes prophétiques et significatifs ? Partage des biens de tous ordres avec les frères et les laïcs. Péréquation des ressources dans un esprit de pauvreté. Effort de gestion démocratique des biens d'Église. partage des pouvoirs et détachement de notre influence personnelle. Choix libre et volontaire d'être avec les pauvres.

 

Prière séculière

418. Toute notre vie est prière, parce qu'elle est toute entière communication avec Dieu, dans le Christ que nous voulons suivre. Mais des "temps forts" sont nécessaires et irremplaçables.

419. Cette prière est une expression privilégiée de la relation à Dieu qu'est notre consécration. Elle nous conduit à admirer notre Dieu qui, aujourd'hui, sous nos yeux, est créateur et sauveur. Elle nous permet de célébrer le Seigneur à l'action dans nos vies et dans le monde. Elle nous amène à une lecture chrétienne de la vie. Elle nous rend humblement et joyeusement disponibles aux appels précis de l'Esprit. Conscients de rejoindre les aspirations de tant d'hommes d'aujourd'hui, leur recherche de gratuité et d'absolu, nous saurons trouver ensemble les formes de prière qui conviennent à notre temps et à notre situation.

420. Nous savons que le Seigneur est le seul maître de notre prière. Mais l'institut est qualifié pour indiquer la route. Nous tenons aux dispositions prises par la Règle de vie et le Message de 1972. Et nous demandons que l'application de ces points soit vérifiée régulièrement, personnellement et en groupe.

 

Chasteté séculière

421. Consacrés dans ce monde, nous sommes appelés à vivre la chasteté. Vivre chaste, c'est aimer d'un amour gratuit et universel : amour de Dieu et amour des hommes. Prêtres ou laïcs, la chasteté affecte notre façon d'âtre au service des hommes. Il y a une dimension collective de la chasteté.

Long chemin de tendresse et de transparence, la chasteté nous conduit à l'accueil des autres dans leurs différences.

La chasteté au cœur du monde nous engage à lutter contre la banalisation de l'amour et la commercialisation du sexe dans nos sociétés d'abondance. Elle nous pousse aussi à travailler à rendre l'amour humain et à la sexualité leur véritable signification dans la relation aux autres.

422. Le célibat pour le Royaume ouvre à l'avenir de Dieu et nous empêche de nous enfermer sur nous-mêmes ; il exprime quelque chose de la patience des hommes qui attendent le retour du Seigneur.

Sur le plan humain, la chasteté vécue dans le célibat nous rend solidaires des isolés, des délaissés, des non-aimés, de tous ceux qui souffrent d'un manque ; elle conteste tous les repliements et les particularismes.

Le célibat pour le Royaume ne peut être isolé de tous les autres aspects de notre vie au milieu des hommes : disponibilité, vie fraternelle, prière, pauvreté, engagement… Il annonce le mystère de Dieu.

423. C'est dans ces perspectives que l'appartenance de prêtres à l'institut les stimule à vivre l'aventure du célibat sacerdotal. Il leur apparaît alors d'un grand prix pour leur ministère au service de l'Évangile. Nous savons aussi que des chrétiens, et parmi les plus engagés, comptent sur leur fidélité : pour eux et pour bien d'autres, leur célibat est un appel.

 

Obéissance séculière

424. À la suite de Jésus venu dans le monde pour vivre au jour le jour l'obéissance de son Père, nous accueillons la condition humaine et les événements eux-mêmes en cherchant à travers eux les appels du Seigneur à un meilleur service.

425. Parce que nous voulons suivre Jésus qui a refusé pour lui-même le pouvoir dominateur, notre obéissance doit être prophétique. Elle est une contestation permanente du pouvoir comme privilège ou domination. Elle nous incite à travailler à ce que, dans le monde et dans l'Église, le pouvoir soit exercé comme un service. Elle nous amène à revoir la manière dont chacun de nous et dont l'Église exerce le pouvoir.

426. Notre obéissance est missionnaire : elle nous engage comme le Christ, à être obéissant jusqu'au bout, à la mission d'annoncer le nom du Père (cf. Jn 17, 6), qui nous a été confiée par l'Église.

427. L'obéissance ne peut être passive. Elle est recherche, seul, avec un frère, avec le groupe, de la volonté du Seigneur à travers les événements de la vie personnelle et collective. Elle suppose donc un dialogue régulier avec le Seigneur et avec les frères.

428. La matière du dialogue ? La vie. La révision de vie nous permet une vision renouvelée de la vie et fait de nous, comme Jésus et Marie, des obéissants au Père. Elle nous aide à percevoir que Dieu est là au cœur des hommes et qu'il nous invite, par la liberté que l'obéissance nous donne, à le suivre encore et encore.

 

Cœur de Jésus

429. "Je mettrai en eux un esprit nouveau… J'extirperai de leur corps le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair" (Ez 11, 19). La promesse fur accomplie et largement dépassée, car "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn "3, 16) afin que tout homme ait la vie.

Ce Fils, né de la Vierge Marie, s'est fait homme parmi nous, avec un cœur plein de tendresse envers ses frères et ses sœurs, capable de partager leurs joies comme à Cana, et leurs angoisses comme à Gethsémani.

430. Mais la signification profonde et essentielle du Cœur du Christ apparaît à la Croix, lorsqu'il fut transpercé par la lance. Depuis lors, le Cœur du Christ en croix rappelle pour nous :

- le mystère pascal de mort et de résurrection, source de vie dans l'Esprit pour les hommes ;

- l'amour sans limites du Christ, tout donné à son Père pour ses frères ;

- et l'Église, Épouse née du côté du nouvel Adam et participant à sa mission.

431. Cette Église, le Christ l'anime aujourd'hui comme hier : il fait jaillir en elle la source de l'eau vive, il la nourrit de l'Eucharistie. Ainsi, elle continue de porter au cœur de notre monde, marqué par la dureté et aspirant à la libération (cf. Rm 8, 21), l'amour de Dieu qui est tendresse et vie éternelle.

432. Au sein du peuple de Dieu, dans la diversité des ministères, les membres de l'institut du Cœur de Jésus attesteront, signifieront et réaliseront ce don d'amour de Dieu aux hommes avec qui ils vivent. La fidélité au cœur transpercé du Christ implique donc, dans notre sécularité, l'amour et la mission. Elle nous engage à une vie toujours plus évangélique ; elle nous impose à être attentifs à ces exigences et nous procure des moyens pour y répondre. Elle nous provoque à vivre pauvreté, prière, chasteté, vie fraternelle, obéissance, avec les sentiments mêmes qui furent dans le Christ Jésus (cf. Ph 2, 5 et le commentaire du P. de Clorivière dans sa première Lettre circulaire).

433. Cela va bien au-delà d'un comportement moral et d'une imitation extérieure : il s'agit, comme saint Paul l'a fréquemment souligné, d'une communion et d'une identification au point de ne plus faire qu'un seul être avec le Christ dans ses abaissements et son exaltation (cf. Rm 6, 5-8).

434. Ainsi notre consécration au Cœur de Jésus peut se définir avec ces trois termes qu'il ne faut pas séparer : Christ, monde, Église :

  • participation sans cesse actualisée au mystère pascal et à la mission du Christ, qui se poursuit
  • dans et pour le monde, objet de son amour,
  • au sein de son Église, sacrement de salut.

435. Vivre cette consécration, c'est chaque jour laisser saisir notre être profond par Jésus-Christ et, à travers nos responsabilités et nos ministères, le laisser saisir un peu plus le monde entier dans sa Pâque.

 

Chantilly 1984

 

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