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Rencontre internationale d'Elewijt 1987

À Elewijt en 1987, l'assemblée internationale s'est attachée à approfondir les relations entre contemplation et mission à partir de Jésus, modèle de contemplation missionnaire comme à partir de nos expériences séculières : "Quelle contemplation conduit à la mission et quelle mission nourrit la contemplation" ? L'envoi a tenté de redéfinir l'expérience spirituelle des GEM comme rencontre, dans le cœur même du disciple, de l'Évangile et de la culture qui marque ce disciple. Cette expérience passe par une prise en compte de la sécularité et un discernement missionnaire qui exigent, l'une comme l'autre, le temps de la prière contemplative.

C'est sur cette rencontre de l'Évangile et des cultures que se greffe l'expérience spirituelle que les "Groupes Evangile et Mission" souhaitent promouvoir. L'Évangile traverse le cœur du disciple de Jésus en même temps que les cultures le marquent d'une empreinte profonde.

L'expérience spirituelle que nous vivons est enracinée dans l'Évangile, et s'exprime dans les "richesses nouvelles" du corps, de l'esprit et du cœur, qu'il révèle de l'intérieur même des cultures.

"Une culture qui se convertit trouve en Christ sa propre libération et met à jour des richesses nouvelles qui sont à la fois des dons et des promesses de résurrection. Dans l'évangélisation des cultures et l'inculturation de l'Évangile se produit un mystérieux échange : d'un côté, l'Évangile révèle à chaque culture et libère en elle la vérité dernière des valeurs qu'elle porte ; de l'autre, chaque culture exprime l'Évangile de manière originale et en manifeste de nouveaux aspects".

Ce mystérieux échange, à dimension pascale, entre l'Évangile où s'enracine la foi du croyant et le monde aux horizons culturels différenciés où retentit, dans son cœur, c'est-à-dire dans la prière prolongée, la Parole du salut, est peut-être ce qui définit le mieux l'expérience spirituelle "séculière".

Cette expérience spirituelle a deux pôles qui se croisent dans le cœur de l'homme croyant : l'Évangile et le monde, ou encore : la Parole et l'Histoire.

Le passage obligé de la sécularité

Nos réflexions sur la sécularité dans les "Groupes Évangile et Mission" ne cessent de l'approfondir.

Il n'y a pas de sécularité, disons-nous souvent, sans un triple rapport au corps, à l'Histoire, aux cultures. C'est dans ce paramètre, dont il faut toujours préciser le dessin, que touche l'homme, et que l'appelle la Parole du Salut, dans la tradition vivante de l'Église.

Car la sécularité a une dimension ecclésiale. L'Église, ce corps d'humanité qui confesse que Dieu est intervenu dans l'Histoire ne vit que de la Parole qu'elle reçoit pour la livrer aux hommes. Pour l'Église, comme pour chacun, "être au monde et être à Dieu, loin de s'opposer, se conjuguent et se confortent". Il y va de notre consécration séculière ; et celle-ci est le fondement de l'expérience spirituelle.

Dans cette consécration séculière s'articulent contemplation et mission. Jouer l'alternative "ou bien... ou bien" n'est pas conforme à l'Évangile : Jésus est à la fois priant solitaire et envoyé du Père. Son expérience spirituelle, en sa totalité, habite la nôtre. L'Église, elle aussi, est tout entière contemplative et missionnaire parce que née dans l'Esprit, de l'envoi du Fils par le Père.

Missionnaires contemplatifs, cela veut dire, dans notre consécration séculière, qu'il n'y a pas d'autre expérience de Dieu que celle qui se vit dans l'Histoire et dans la vocation de l'homme assumée avec toutes ses responsabilités par rapport au monde et à la communauté des hommes.

Nous n'avons pas plus, pour trouver Dieu, à sacraliser le monde qu'à nous en évader. Faire l'expérience de Dieu, sur le registre "séculier", c'est se laisser rejoindre et façonner par cette Parole unique qui retentit dans le cœur, en même temps qu'elle est à l'œuvre dans le monde, pour l'ouvrir à l'horizon du Règne de Dieu.

En régime chrétien, ce qui consacre, ce n'est pas je ne sais pas quelle séparation du monde, mais l'Esprit Saint, qui a consacré Jésus à la mission du Père, et qui consacre aujourd'hui les disciples pour vivre en Jésus et en son Nom cette même mission.

À mission nouvelle, prière renouvelée

La consécration séculière n'est pas pour nous une idéologie. Elle est, dans l'expérience spirituelle qu'elle engendre, fidélité à l'Incarnation. Elle est suite du Christ qui, pour glorifier le Père, a pris visage d'homme. Nous ne pouvons plus prétendre chercher ailleurs que là où Il est venu, à savoir dans la vie des hommes et dans la lutte des pauvres. "J'ai entendu le cri de mon peuple" (Ex 3).

Nous avons, à partir de là, une double exigence :

•  reconnaître le " plus petit d'entre les frères " ( Mt 25, 40 ) et " choisir avec lui une solidarité effective ".
Ce "plus petit" n'est pas le même partout dans le monde: exclu de la terre ou du travail, dépossédé de droits ou repu de consommation, privé de quoi vivre ou de sens à sa vie…

•  laisser les pauvres évangéliser notre prière. Sans doute nous portons quelquefois les petits et les pauvres dans notre prière, mais les laissons-nous évangéliser notre prière . c'est-à-dire créer en nous une prière de pauvre dans l'audace de l'espérance ?

La première exigence est davantage d'ordre missionnaire, La seconde d'ordre contemplatif. Nous ne serons jamais assez lucides et généreux dans la première, jamais assez ouverts et intériorisés dans la seconde. Les lieux et les terres de la mission sont nombreux et diversifiés, unique est la prière qui en fait des chantiers de Dieu. Nombreux et diversifiés ces lieux, au rythme des cultures. Unique, cette prière du cœur au rythme de l'amour. "Il ne faut pas rejeter saint Jean de la Croix sous prétexte de besoins sociaux ". Il y va de l'inculturation de l'amour. La prière est de l'ordre, elle aussi, de l'inculturation.

Une prière aux dimensions du monde

Nous avons tous l'expérience de la prière des grands rassemblements où chacun chante dans sa propre langue. Nous le faisons ici. Aux éléments de la culture que nous avons signalés, il faudrait sûrement ajouter celui de la parole chantée, rendue ainsi capable d'exprimer le profond du cœur de l'homme et du destin des peuples. Nous pensons aux Negros spirituals des noirs d'Amérique, qui sont une partition, assez poignante dans le concert universel.

Si le monde était un village de mille habitants, lisait-on dans les statistiques des années 80 – et les écarts n'ont pu que s'accentuer – trois cents auraient la peau blanche et sept cents la peau noire ou jaune ; ou encore : soixante posséderaient la moitié du revenu total, cinq cents ne mangeraient pas à leur faim, six cents vivraient dans des bidonvilles, sept cents seraient analphabètes.

Toutes les diversités ne sont pas contenues dans ces chiffres. Toutes les inégalités ne sont pas de l'ordre de la quantité, mais de la possibilité d'être soi et reconnu comme tel dans une société humaine. Et quand la prière devient l'expression d'une espérance collective, en protestation contre des sociétés incapables d'en intégrer les projets historiques, elle mérite d'être entendue. Chacun sait que la prière des jeunes, celle des travailleurs, celle des malades et des accidentés, celle des otages et de leurs familles, celle des "mères de la place de mai", celle des rizières d'Asie ou des steppes du désert, celle des camps et des prisons… et tant d'autres ont leur tonalité propre. Il ne saurait y avoir d'apartheid de la prière. "Unanime, la louange des peuples". Au cœur de l'expérience spirituelle, la prière, pour être contemplative, doit être missionnaire.

Ce n'est pas alors à la situation humaine de se couler dans une prière préfabriquée, mais c'est à la prière de se couler en toute situation humaine. Nous sommes ici dans l'ordre de la polyphonie. Dieu aime la polyphonie.

Vers une prière contemplative au cœur de la vie

Prier est un acte simple, intérieur. C'est pourquoi il est universel. La prière est la respiration de l'âme. Tout ce qui est parole, geste, extériorisation, liturgie est l'expression, l'actualisation de la prière et varie selon les cultures. Mais, dans toute culture, la prière peut accompagner tout sentiment, toute activité, toute situation, comme elle peut occuper entièrement le champ de la conscience et se traduire en oraison. Le visage de Dieu peut être différemment perçu, l'expression de la prière peut être diversement colorée. Partout, cependant, vivre consciemment avec Dieu est possible. Et c'est cela prier.

Debout, assis, agenouillé, allongé ventre et visage à terre, prosterné, l'homme prie. Tout ce qu'il porte en lui, exposé à Dieu, et Dieu rejoint, en son cœur, toutes ses solidarités essentielles. La prière n'est jamais privée.

Un vieil auteur comme Cassien disait déjà dans ses "Conférences" qu'il fallait fredonner sans cesse le refrain : "Seigneur, viens à mon aide" !

"Qu'il soit l'occupation continuelle de votre cœur. Que ces paroles soient au réveil la première chose qui se présente à l'esprit. Dites-les à genoux au sortir du lit et qu'elles vous accompagnent ensuite en toutes les actions sans vous quitter jamais".

Mais plus encore que du fredonnement de notre cœur, Dieu s'enchante de celui du monde, porté en son drame par la prière incessante de l'Église. Dans la Liturgie des Heures, la radicale pauvreté de l'homme devient chant des psaumes sur le monde, contemplatif et missionnaire. Il ne s'agit pas des hommes apeurés qui se concilient la faveur des dieux. Nous sommes dans l'ordre de la gratuité de l'amour. L'amour d'un Dieu qui est Dieu parce qu'Il est le Dieu de l'homme. l'expérience de Dieu qui éveille à le connaître et tend vers Lui le désir de l'homme est de l'ordre de la gratuité.

En conclusion :

Avons-nous réussi à éclairer un peu le thème de notre session "Contemplation et Mission dans la rencontre des Cultures" ? Ayons l'humour de penser que oui.

Nous avons parlé, nous avons échangé, nous nous sommes rencontrés et nous nous sommes reconnus, solidaires de nos propres cultures, conscients de nos différences, heureux de répondre à travers elles à l'unique appel de Jésus, dans son Cœur passionné d'amour pour les hommes.

Pour nous tous, l'expérience spirituelle est liée à l'annonce de l'Évangile, car cette annonce n'est ni affaire de campagne publicitaire ni de stratégie d'abord. "Elle est plutôt - comme le dit le Cardinal Danneels, dans le diocèse de qui nous savons – la longue aventure d'une naissance par laquelle le monde des hommes reçoit Dieu pour Père et l'Église pour Mère".

Cette naissance s'opère chaque jour dans le secret du cœur de chacun, sur les chemins des hommes. Contemplation et mission.

Elle a lieu aujourd'hui, en une Année mariale, au cours de laquelle nous nous souvenons du temps où une Femme vierge a dit "oui" à Dieu, pour le Salut des hommes. Il a fallu l'ombre de l'Esprit, en qui continue de s'opérer, jour après jour, la "création nouvelle".

Cette création nouvelle est aujourd'hui confiée :

- à notre générosité dans l'annonce de l'Évangile,

- à l'ouverture de notre cœur à la présence et à l'action de l'Esprit en nous et dans le monde,

- à la vérité de notre fraternité au sein d'une Église "Mystère de communion" dans la foi et l'amour. Et l'expérience spirituelle est de devenir, chacun de nous et tous ensemble, ces "hommes nouveaux" pour qu'advienne la "création nouvelle", aux dimensions de l'Univers. "Pourquoi pas dans tout l'Univers" ?

 

Elewijt 1987

 

 

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